Démarche

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La peinture de Jean François Jeannet, instants présents.

Le commencement. Quelques mots pour dire simplement la justesse du regard. La précision et l’ampleur du geste qui se devine derrière chaque travail. Image, tableau, composition, collage ou tout ce qui forme la peinture de Jean François Jeannet. Avec l’inscription dans le temps de chaque mouvement. Avec la dualité d’un prénom qui se veut écho ou double de cette représentation de l’obscurité à la lumière. Avec ce même passage, résolument tranché ou parfois en dégradé.

Cette peinture porte la trace de l’enfance. La trace tout simplement, la mémoire, les deux termes essentiels pour qui veut, non pas comprendre car c’est inutile, mais accompagner la démarche du peintre. Résolument dans l’abstraction celui-ci donne à voir le visible et l’invisible. Toujours cette place non-définie d’une frontière toujours en déplacement. Avec la nécessité de rentrer dans le travail pour le spectateur, de rentrer à l’intérieur de soi-même et du même coup ne plus être tout à fait spectateur. Se détacher de la surface pour s’obliger à une introspection. Chacun pouvant trouver ou investir sa propre charge émotionnelle, cette peinture se voulant avant tout un acte de création porté par le sens, par une pensée, par un vécu loin d’une quelconque représentation décorative.

Tout cela posé dans la forme du carré, allant du petit au grand format, laissant échapper à la fois l’équilibre et le mystère. Mystère qui va aussi en s’épaississant quand on remarque la symbolique de la terre faisant écho aux activités passées du peintre, soit vingt deux années consacrées à la céramique. Le choix du noir et blanc, à la fois pour une lisibilité immédiate, précise, loin des artifices, laissant jaillir une austérité qui n’en est pas une. Et toujours l’enfance et les fouilles que l’on fait en famille pour faire revenir en surface un passé depuis longtemps révolu.

Jean François Jeannet reste attentif à la conscience et à l’inconscient dans la réalisation de son travail. Être à la fois sur le chemin, avancer mais se laisser la possibilité de se faire surprendre. Garder ce côté intuitif, animal, primitif tout simplement libre en quelque sorte. S’inscrire dans une filiation de peintres bien sûr, mais aussi simplement d’humanité, dans une réelle évidence.

Ce travail de fouille, de couches successives on le retrouve dans chaque tableau. Plus ou moins creusé, accentué, porté à jour, accompagné dans cette autre forme qu’est le paradoxe de l’effacement et d’une mémoire incomplète qui restera, qui ne restera pas. L’utilisation du goudron comme matériau essentiel n’est pas un hasard. Ce matériau issu de la décomposition, de matière fossile, de la forêt, porte en lui la mémoire d’une autre vie, d’un autre temps, d’une autre Terre qui fut. Et c’est la trace du passage du feu, sous toutes ses formes qui fait sans doute écho.

Choisir un support papier ou carton qui sera travaillé à plat, en couche successive, en impression et surimpression, utilisant la technique du monotype entre autres pour établir une composition. Puis couper, découper, recadrer, coller, maroufler pour représenter une première zone couplée à une autre zone travaillée en noir d’un seul tenant. Avec ce mouvement qui se précise dans chaque sens de lecture, qu’il soit vertical ou horizontal. Telle est actuellement la direction dans la peinture de Jean François Jeannet, authentique, profonde et paradoxale.

Stéphane Branger